Noms des danses bretonnes : le grand lexique pour les reconnaître en fest-noz
An dro, gavotte, plinn, laridé… Découvrez le lexique complet des danses bretonnes, leur origine géographique, leur pas caractéristique et comment les identifier en fest-noz.

En entrant pour la première fois dans un fest-noz, on est souvent saisi par le foisonnement des danses qui se succèdent. Les sonneurs enchaînent les airs, les danseurs forment des chaînes et des cercles, et l'on se demande : comment s'appellent toutes ces danses bretonnes, et comment les reconnaître ? Cet article est votre guide de référence : un lexique clair de chaque famille de danse, son origine géographique, sa prise de main, ses pas caractéristiques et son niveau pour les débutants.
La Bretagne n'a pas une danse, elle en a des dizaines. Elles sont nées dans des terroirs distincts, portées par des musiques différentes — biniou kozh, bombarde, couple kan ha diskan — et transmises de génération en génération lors des veillées et des fêtes de village. Aujourd'hui, elles sont vivantes, dansées lors de centaines de fest-noz chaque année à travers la péninsule armoricaine et au-delà.
Ce guide ne répond pas à « comment danser » (nous avons consacré un article entier à apprendre les bases de la danse bretonne pas à pas), mais à une question plus fondamentale : quel est le nom de cette danse que vous venez de voir, d'où vient-elle, et comment la distinguer de sa voisine ?
L'an dro et le hanter dro : les cercles de basse Bretagne
L'an dro — « le tour »
Son nom signifie littéralement « le tour » en breton. L'an dro est probablement la danse bretonne la plus connue et la plus emblématique. Elle se danse en cercle fermé ou en chaîne ouverte, tous les danseurs orientés dans le même sens, avançant vers la gauche. Son tempo est binaire, modéré à vif, et sa structure en six temps lui donne un balancement caractéristique.
Ce qui distingue immédiatement l'an dro à l'œil : la prise par le petit doigt. Les danseurs ne tiennent pas la main entière de leur voisin, mais seulement le petit doigt, les bras ballants naturellement le long du corps. Cette prise souple, presque délicate, est la signature visuelle de la danse. Elle permet à la chaîne de rester fluide et aux plus grands cercles de ne pas « casser ».
L'an dro est originaire du pays de Cornouaille et de l'ensemble de la basse Bretagne bretonnante. C'est une excellente porte d'entrée pour les novices : son pas de base — avancer sur six temps avec un léger balancement — s'acquiert rapidement. Si vous souhaitez vous y mettre, consultez notre guide sur comment participer à un fest-noz quand on débute.
Le hanter dro — « le demi-tour »
Compagnon de l'an dro, le hanter dro (« le demi-tour ») suit souvent le même air musical mais se danse en quatre temps au lieu de six. La prise est identique — petit doigt contre petit doigt — mais le mouvement est plus court, plus saccadé. Les deux danses alternent parfois sur un même morceau, les sonneurs jouant tour à tour une variation à six temps et une variation à quatre temps, ce qui crée une conversation dansée entre les deux formes.
Dans les fest-noz, il est fréquent que l'animateur annonce « an dro-hanter dro » pour indiquer que les deux seront enchaînés. Le hanter dro est légèrement plus technique que l'an dro, car la prise reste la même mais le sens du déplacement et le rythme des appuis changent. Un débutant qui maîtrise l'an dro peut s'y essayer dès la deuxième soirée.
La gavotte : une famille aux multiples terroirs
Le terme « gavotte » désigne en réalité plusieurs danses distinctes, toutes apparentées, mais qui diffèrent selon leur pays d'origine. En Bretagne, la gavotte n'est pas une danse unique : c'est une famille.
La gavotte de la Montagne Noire
Originaire du massif de la Montagne Noire, aux confins du Finistère et du Morbihan, cette gavotte est considérée comme l'une des plus anciennes et des plus codifiées. Elle se danse en chaîne, bras tendus levés à la hauteur des épaules, mains liées — une prise que l'on appelle souvent ar c'hroaz (la croix). Le pas est en quatre temps avec un saut et un posé caractéristiques : un lancer de jambe vers l'avant, un rebond, puis deux pas de déplacement.
Ce que vous voyez sur la piste : les bras hauts et tendus, la silhouette élancée des danseurs, la précision presque cérémonielle du pas. La gavotte de la Montagne Noire est considérée comme intermédiaire : accessible après quelques soirées de pratique, mais qui gagne en élégance avec l'expérience.
La gavotte du Poher
Plus au nord, dans le pays du Poher (autour de Carhaix), la gavotte adopte une forme légèrement différente : le pas est un peu plus souple, la prise de bras peut varier, et le tempo est souvent plus enlevé. Elle partage la structure en quatre temps avec saut, mais l'accent rythmique tombe différemment.
La gavotte vannetaise
Dans le pays vannetais, la gavotte prend une couleur à part. Elle est plus lente, plus grave, et la prise se fait souvent par les coudes — une posture qui donne aux danseurs une présence presque solennelle. Certains la comparent à une procession dansée. Elle est considérée comme la plus difficile des gavottes bretonnes et reste l'apanage des danseurs expérimentés.
Le plinn et le kost ar c'hoad : les danses du Trégor
Le plinn
Le plinn est originaire du pays du Trégor et du Goëlo, dans le nord de la Bretagne (autour de Guingamp, Lannion, Paimpol). C'est une danse énergique à deux temps, dansée en chaîne, avec une prise de poignet croisée qui crée une tension particulière dans la ligne. Son pas est bref et vif : un appel du pied (un léger tapotement), puis un déplacement latéral. L'ensemble donne une impression de pulsation, presque percussive.
Reconnaître le plinn en fest-noz est assez aisé : la chaîne tremble légèrement d'un bout à l'autre à cause de la tension dans les bras, les danseurs semblent « piquer » le sol du pied, et le tempo est rapide. C'est une danse exigeante physiquement et qui demande de l'oreille musicale, car le plinn peut s'accélérer considérablement au fil du morceau.
Le kost ar c'hoad
Autre danse du Trégor, le kost ar c'hoad (que l'on peut traduire approximativement par « le bord de la forêt ») est une danse à trois temps — un temps ternaire qui lui confère une légèreté presque valse. Elle se danse en chaîne avec une prise de main classique (main à main, bras mi-tendus). Son pas est un enchaînement de trois appuis : un balancement du poids sur un côté, une suspension brève, puis le retour.
Le kost ar c'hoad est réputé pour être l'une des danses bretonnes les plus accessibles aux débutants, après l'an dro. Son tempo modéré et son rythme ternaire intuitif en font une excellente deuxième danse à apprendre.
Le laridé, la ridée et les danses de haute Bretagne
Le laridé — ou ridée
Le laridé (aussi appelé ridée en français) est une danse typique de la haute Bretagne — la partie orientale de la Bretagne, historiquement galloïsante, autour du pays de Dol-de-Bretagne, des Côtes-d'Armor orientales et de l'Ille-et-Vilaine. Il diffère des danses de basse Bretagne par sa structure musicale (souvent des mélodies en mode majeur, plus proches des répertoires normands ou du Maine) et par sa prise : généralement main à main, bras croisés devant soi.
Le laridé se danse à deux temps ou à six temps selon les variantes. Son pas caractéristique est une sorte de sautillement alterné, pied gauche/pied droit, avec un temps de suspension. Il est souvent dansé en ligne ou en fer à cheval plutôt qu'en cercle fermé. Dans les fest-noz modernes, il est moins présent que les danses de basse Bretagne, mais les événements consacrés à la haute Bretagne le font vivre avec fidélité.
La suite deuzh
Moins connue du grand public, la suite deuzh (ou suitte) est une danse de haute Bretagne caractérisée par son rythme binaire vif et sa structure en suite de figures. Elle se danse en couples ou en petits groupes, ce qui la distingue visuellement des danses en grande chaîne. Elle appartient au même espace culturel que le laridé.
La fisel et le kas a-barh : Cornouaille et Leon
La fisel
La fisel (qui signifie « le fil, la ficelle » en breton) est une danse originaire de Cornouaille, notamment du pays bigouden et du Cap-Sizun. Elle doit son nom à la prise de main très particulière qui la caractérise : les danseurs tiennent un mouchoir ou un bout de tissu entre eux — ce « fil » fait la danse. À défaut de mouchoir, la prise se fait par le tissu de la manche ou par les doigts repliés.
Son pas est en six temps avec un jeu sur les genoux — une légère flexion-extension qui donne à la ligne un ondoiement subtil vu de côté. La fisel est rare dans les fest-noz généralistes mais présente dans les rassemblements liés au pays bigouden ou lors d'événements de patrimoine dansé. Elle est de niveau intermédiaire.
Le kas a-barh
Le kas a-barh (littéralement « envoyer dedans ») est une danse du pays de Leon, dans le nord-Finistère. C'est une danse de couple ou de groupes de couples, à deux temps, qui alterne des figures en chaîne et des séquences où les danseurs « envoient » leur partenaire dans un mouvement tournant. Elle est souvent décrite comme l'une des plus festives et spectaculaires des danses bretonnes traditionnelles, car les figures de rotation lui donnent un aspect dynamique et visuel fort.
Le kas a-barh est peu courant pour les débutants : il suppose de connaître les figures et de pouvoir les enchaîner avec un ou plusieurs partenaires. Il est en revanche très présent dans les concours de danse et les démonstrations lors des festoù-noz du Finistère nord.
Pour aller plus loin sur la musique qui accompagne ces danses, notre article sur les origines rituelles du biniou breton éclaire le lien profond entre l'instrument et la danse.
Tableau récapitulatif : danses, terroirs, prises et niveau débutant
| Danse | Terroir principal | Prise de main | Rythme | Niveau débutant |
|---|---|---|---|---|
| An dro | Basse Bretagne (Cornouaille) | Petit doigt | Binaire, 6 temps | Facile — idéale pour commencer |
| Hanter dro | Basse Bretagne | Petit doigt | Binaire, 4 temps | Facile à intermédiaire |
| Gavotte (Montagne Noire) | Finistère/Morbihan (Montagne Noire) | Bras tendus levés (ar c'hroaz) | Binaire, 4 temps | Intermédiaire |
| Gavotte du Poher | Pays du Poher (Carhaix) | Bras mi-tendus | Binaire, 4 temps | Intermédiaire |
| Gavotte vannetaise | Pays vannetais | Prise par les coudes | Binaire, lent | Avancé |
| Plinn | Trégor / Goëlo | Poignet croisé | Binaire, 2 temps vifs | Intermédiaire à avancé |
| Kost ar c'hoad | Trégor | Main à main | Ternaire, 3 temps | Facile |
| Laridé / ridée | Haute Bretagne (pays de Dol, Ille-et-Vilaine) | Mains croisées devant | Binaire, 2 ou 6 temps | Intermédiaire |
| Fisel | Cornouaille (Bigouden, Cap-Sizun) | Mouchoir ou tissu | Binaire, 6 temps | Intermédiaire |
| Kas a-barh | Leon (nord-Finistère) | Couples, figures tournantes | Binaire, 2 temps | Avancé |
Comment identifier une danse en fest-noz : les bons réflexes
Même avec ce lexique en tête, identifier une danse en temps réel dans l'ambiance d'un fest-noz peut sembler intimidant. Voici quelques repères pratiques pour affûter votre œil.
Regarder la prise de main en premier
La prise est l'indicateur le plus rapide. Petit doigt seulement ? C'est presque certainement un an dro ou un hanter dro. Bras tendus levés ? Une gavotte de la Montagne Noire ou du Poher. Mouchoir ou tissu entre deux danseurs ? Une fisel. Bras croisés devant soi ? Vous êtes en présence d'un laridé. Couples qui tournent ? Cherchez le kas a-barh.
Écouter le rythme
La musique bretonne est variée, mais chaque type de danse possède une signature rythmique. Un air ternaire (qui « balance » en 3) est souvent un kost ar c'hoad. Un binaire vif avec une pulsation très marquée peut signaler un plinn. Un binaire plus lent et solennel évoque la gavotte vannetaise. Les musiciens de fest-noz annoncent souvent la danse avant de jouer — écoutez leur annonce.
Observer la direction du déplacement
La plupart des danses en chaîne progressent vers la gauche (dans le sens inverse des aiguilles d'une montre pour les cercles). Mais certaines danses alternent gauche et droite, voire font des demi-tours. Le hanter dro, par exemple, implique un demi-tour par rapport au déplacement de l'an dro. Ces inversions de direction sont des indicateurs utiles.
N'ayez pas peur de demander
La communauté des fest-noz est réputée pour son accueil — degemer mat (bienvenue) n'est pas qu'un mot vide de sens. Les danseurs expérimentés sont souvent heureux d'expliquer quelle danse est en cours. Dans les fest-noz familiaux ou ceux organisés par des cercles celtiques, il n'est pas rare de voir des bénévoles qui initient les nouveaux venus entre deux morceaux.
Si vous préparez votre première soirée, notre article dédié au fest-noz vous donnera toutes les clés contextuelles avant même d'arriver sur la piste.
La danse du petit doigt : pourquoi cette prise est-elle si emblématique ?
La fameuse danse bretonne par le petit doigt mérite une explication à part, car elle concentre à elle seule beaucoup de la philosophie des danses bretonnes collectives.
Tenir son voisin par le petit doigt — et non par la main entière — est un choix à la fois pratique et symbolique. Pratique, parce que dans les grandes chaînes de plusieurs centaines de personnes, une prise ferme crée des tensions qui fatiguent les bras et font « casser » la ligne. Le petit doigt, lui, transmet l'information (le sens du déplacement, le tempo) sans rigidifier la chaîne. La ligne reste vivante, souple, respirante.
Symbolique, parce que cette prise légère dit quelque chose d'essentiel sur la danse en communauté : on est lié aux autres, on se coordonne, mais chacun garde son propre équilibre et sa propre liberté de mouvement. La chaîne tient non par la force, mais par l'attention mutuelle.
L'an dro n'est pas la seule danse à utiliser cette prise — le hanter dro l'emploie également — mais elle en est l'ambassadrice la plus connue, celle qu'on évoque spontanément quand on dit « la danse bretonne du petit doigt ».
Un patrimoine vivant, pas un musée
Il serait réducteur de présenter ces danses comme des pièces figées d'un musée. Le répertoire des danses bretonnes est vivant, en constante évolution. Des chorégraphes et des musiciens créent régulièrement de nouvelles danses — qu'on appelle parfois danses de création — qui puisent dans les formes traditionnelles pour les renouveler. Dans les grands fest-noz contemporains, il n'est pas rare d'entendre des airs de danses qui n'existaient pas il y a vingt ans, mais qui épousent parfaitement la prise et le pas d'un plinn ou d'une gavotte.
Ce dynamisme est une force. Il explique pourquoi le fest-noz a été reconnu au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2012 : non pas comme un vestige à conserver sous cloche, mais comme une pratique sociale vivante, ancrée dans des communautés qui la font évoluer tout en la transmettant.
Pour mieux comprendre comment ces danses s'inscrivent dans la soirée, comment s'habiller, comment rejoindre une chaîne ou se placer sur la piste, notre guide sur apprendre la danse bretonne complète naturellement ce lexique.
Conclusion
An dro, hanter dro, gavotte, plinn, kost ar c'hoad, laridé, fisel, kas a-barh… Ces noms de danses bretonnes ne sont pas de simples étiquettes. Chacun désigne un geste, un territoire, une façon de se relier aux autres et à une mémoire collective. Savoir les identifier, c'est entrer dans la danse avec les yeux ouverts — et souvent, c'est ce que les pieds finissent par suivre.
La prochaine fois que vous entendrez les sonneurs attaquer un air de fest-noz, regardez les prises de main, écoutez le rythme, observez la direction de la chaîne. En quelques soirées, ces indices deviendront automatiques, et vous saurez d'instinct si vous êtes face à un an dro ou à un plinn. Yec'hed mat — et bonne danse !
Pour aller plus loin, parcourez nos autres guides sur la culture et les traditions bretonnes.


