Peintres bretons : de Pont-Aven aux musées où voir leurs œuvres
De Gauguin et l'école de Pont-Aven à Mathurin Méheut, partez à la rencontre des grands peintres bretons et découvrez les musées de Bretagne où admirer leurs œuvres.

La Bretagne a exercé sur les peintres une attraction rare. Lumières changeantes, côtes découpées, landes, granit, vie maritime : à partir du milieu du XIXe siècle, la péninsule devient un véritable atelier à ciel ouvert. Des artistes venus de Paris ou de l'étranger y croisent des peintres nés sur place, et de ces rencontres naissent quelques pages majeures de l'histoire de l'art, au premier rang desquelles l'école de Pont-Aven autour de Paul Gauguin. Cet article vous propose un parcours parmi les grands peintres bretons et les peintres de la Bretagne, de Gauguin à Mathurin Méheut en passant par Émile Bernard, Paul Sérusier ou Lucien Simon. Et comme leurs tableaux se contemplent mieux en vrai que dans les livres, nous vous indiquons aussi, pour chaque étape, les musées bretons bien réels où admirer leurs œuvres aujourd'hui.
Pourquoi la Bretagne a tant inspiré les peintres
Avant de parler des artistes eux-mêmes, il faut comprendre ce qui les a attirés si loin de Paris. Au XIXe siècle, le développement du chemin de fer rend la Bretagne beaucoup plus accessible, et le coût de la vie y reste modeste : une aubaine pour des peintres souvent désargentés, qui trouvent dans les auberges bretonnes le gîte, le couvert et parfois même un crédit patient. Mais l'argument économique n'explique pas tout.
Ce que cherchent ces artistes, c'est un monde perçu comme authentique et préservé. La Bretagne de l'époque offre un spectacle permanent : costumes et coiffes portés au quotidien, processions religieuses, marchés, scènes de port, travaux des champs et de la grève. Les pardons bretons, avec leurs bannières, leurs cierges et leurs foules recueillies, fascinent particulièrement les peintres, qui y voient une ferveur intacte et des sujets d'une grande force plastique. Gauguin lui-même résumait son attachement à la région par une formule restée célèbre, évoquant le son « sourd, mat et puissant » que ses sabots tiraient du sol de granit.
Ajoutez à cela une lumière atlantique changeante, des ciels dramatiques, des rochers roses ou noirs selon les côtes, et vous obtenez un territoire qui semble avoir été dessiné pour les chevalets. Certains y passeront un été, d'autres y reviendront toute leur vie, quelques-uns s'y installeront définitivement.
L'école de Pont-Aven : une révolution picturale au bord de l'Aven
Petit port fluvial du Finistère sud, niché entre ses moulins et son bois, Pont-Aven est sans doute le lieu le plus célèbre de la peinture en Bretagne. Dès les années 1860, des peintres américains et scandinaves y séjournent, séduits par le pittoresque du bourg et l'accueil des aubergistes. Mais c'est l'arrivée de Paul Gauguin qui va faire entrer le village dans l'histoire de l'art.
Paul Gauguin et la pension Gloanec
Gauguin séjourne pour la première fois à Pont-Aven en 1886, à la pension Gloanec, où se retrouvent de nombreux artistes. Il y revient en 1888, et c'est lors de ce second séjour que s'opère la grande bascule : rompant avec l'impressionnisme, il peint La Vision après le sermon, aussi appelée La Lutte de Jacob avec l'ange, toile aux aplats rouges audacieux où des Bretonnes en coiffe assistent à une scène biblique. Le tableau, aujourd'hui conservé à Édimbourg, est considéré comme un manifeste du synthétisme : simplification des formes, couleurs posées en aplats, primauté de l'idée et du souvenir sur l'observation directe.
Émile Bernard, l'autre inventeur du cloisonnisme
Aux côtés de Gauguin, le jeune Émile Bernard joue un rôle décisif. Avec le cloisonnisme, il propose de cerner les formes d'un trait sombre, à la manière des vitraux ou des émaux, et d'y enfermer des couleurs franches. Ses Bretonnes dans la prairie verte et sa Madeleine au Bois d'Amour, portrait de sa sœur allongée dans le sous-bois qui borde l'Aven, comptent parmi les œuvres emblématiques de cette période. La question de savoir qui, de Gauguin ou de Bernard, a inventé le nouveau style, a d'ailleurs nourri entre eux une brouille durable.
Paul Sérusier et la leçon du Bois d'Amour
En octobre 1888, Gauguin donne au Bois d'Amour une leçon de peinture restée légendaire au jeune Paul Sérusier : peindre les arbres du plus beau vert de sa palette, l'ombre du bleu le plus pur, les feuilles jaunes en jaune franc. Le petit panneau qui en résulte, rapporté à Paris, est baptisé Le Talisman par les camarades de Sérusier à l'Académie Julian. Il devient l'acte fondateur du groupe des Nabis, qui réunira notamment Maurice Denis, Pierre Bonnard et Édouard Vuillard. Sérusier, lui, ne quittera plus vraiment la Bretagne : il s'installe durablement à Châteauneuf-du-Faou, dans les Montagnes Noires, où il peint scènes paysannes et sujets inspirés des légendes locales.
Le Pouldu, l'autre refuge de Gauguin
Fuyant un Pont-Aven devenu trop fréquenté, Gauguin s'installe en 1889 au Pouldu, hameau côtier de la commune de Clohars-Carnoët, avec le peintre néerlandais Meyer de Haan. Les artistes décorent la salle de l'auberge de Marie Henry, dite la Buvette de la Plage, de peintures et d'objets. Une maison-musée du Pouldu restitue aujourd'hui l'atmosphère de cette auberge d'artistes, à quelques pas des plages qui inspirèrent le maître.
Mathurin Méheut, le peintre du travail des Bretons
Changement complet de registre avec Mathurin Méheut, né à Lamballe en 1882 et disparu en 1958. Ni synthétiste ni symboliste, Méheut est un observateur infatigable, un dessinateur prodigieux qui a consacré sa vie à documenter la Bretagne au travail : pêcheurs, goémoniers, paludiers, paysans, fileuses, foires et marchés. Son trait vif, nourri par sa formation d'artiste décorateur et par son intérêt pour l'estampe japonaise, saisit le geste juste en quelques lignes.
Son œuvre de jeunesse la plus fameuse est née à la station biologique de Roscoff, où il passe de longs mois à dessiner la faune et la flore marines. Il en tire un somptueux ouvrage consacré à l'étude de la mer, qui fait encore référence par la précision et l'élégance de ses planches. Nommé peintre officiel de la Marine, il travaille aussi pour la faïencerie Henriot de Quimper, pour laquelle il crée de nombreux décors, ainsi que pour des paquebots et des bâtiments publics.
Méheut est également un témoin précieux du costume traditionnel : ses carnets fourmillent de silhouettes en habit de fête, et ses études constituent une mine pour qui s'intéresse aux noms des coiffes bretonnes et à leurs variations d'un pays à l'autre. Là où les peintres de Pont-Aven stylisaient la Bretonne en coiffe pour en faire un motif, Méheut la dessine avec l'exactitude affectueuse de l'ethnographe.
Lucien Simon, Charles Cottet et la bande noire
Entre l'aventure de Pont-Aven et l'œuvre de Méheut, une autre famille de peintres mérite le détour : celle que la critique a surnommée la bande noire, en raison de sa palette sombre et grave, à rebours des clartés impressionnistes. Lucien Simon et Charles Cottet en sont les figures les plus connues.
Lucien Simon, peintre parisien de formation académique, tombe amoureux du Pays Bigouden, à la pointe sud du Finistère, où il séjourne longuement une partie de l'année. Il y peint les fêtes et les deuils, les processions, les intérieurs, les femmes en haute coiffe bigoudène, dans de grandes compositions puissantes qui lui valent une belle renommée internationale. Charles Cottet, lui, s'attache aux gens de la mer, notamment à l'île d'Ouessant : ses toiles crépusculaires, comme celles de son ensemble Au pays de la mer, disent la rudesse et la dignité des communautés maritimes.
Moins célèbres aujourd'hui que Gauguin, ces peintres ont pourtant construit une image profonde et respectueuse de la Bretagne, loin du simple pittoresque. Leurs œuvres, très présentes dans les collections publiques bretonnes, valent largement le voyage.
Où voir leurs œuvres en Bretagne : les musées incontournables
La bonne nouvelle, c'est que la Bretagne conserve une part importante de ce patrimoine pictural, dans des musées à taille humaine, souvent installés dans des lieux pleins de charme. Si vous préparez un itinéraire et cherchez que voir en Bretagne, ces adresses méritent une place de choix dans votre programme.
Le musée de Pont-Aven
Au cœur du village qui a donné son nom à l'école, le musée de Pont-Aven est naturellement consacré aux artistes qui y ont séjourné : Gauguin, Émile Bernard, Sérusier, Maurice Denis et leurs compagnons, mais aussi les peintres académiques et étrangers qui fréquentaient le bourg avant eux. Expositions temporaires et parcours permanent permettent de comprendre la genèse du synthétisme, avant d'aller flâner au Bois d'Amour, sur les pas des maîtres, le long de l'Aven.
Le musée des beaux-arts de Quimper
C'est l'une des plus belles collections de peinture de l'Ouest. Le musée des beaux-arts de Quimper présente un remarquable ensemble consacré à l'école de Pont-Aven et aux peintres inspirés par la Bretagne, dont de grandes toiles de Lucien Simon et de la bande noire. On y trouve aussi une salle dédiée au poète quimpérois Max Jacob, ami des peintres de son temps. Une étape idéale à combiner avec la découverte de la vieille ville et de la cathédrale.
Le musée Mathurin Méheut à Lamballe
La ville natale de l'artiste lui consacre un musée entier, qui conserve un fonds très riche de dessins, peintures, céramiques et documents. C'est l'endroit rêvé pour mesurer l'ampleur de son travail, de la faune marine de Roscoff aux scènes de métiers, et pour saisir sa place singulière dans l'art breton du XXe siècle.
Rennes, Brest et la maison-musée du Pouldu
Le musée des beaux-arts de Rennes et celui de Brest complètent le parcours avec des œuvres de l'école de Pont-Aven, des Nabis et des peintres de la Bretagne, au sein de collections plus généralistes qui permettent de replacer ces artistes dans leur époque. Enfin, au Pouldu, la maison-musée évoque le quotidien de Gauguin et de ses compagnons à la Buvette de la Plage : une visite courte, mais qui rend ces géants soudain très proches. Notez que Le Talisman de Sérusier et plusieurs chefs-d'œuvre majeurs de Gauguin sont conservés à Paris, au musée d'Orsay : de quoi prolonger le pèlerinage au retour du voyage.
Un patrimoine pictural à explorer au fil de vos voyages
Des aplats révolutionnaires de Gauguin aux carnets fourmillants de Méheut, en passant par les ombres graves de la bande noire, les peintres bretons et les peintres de la Bretagne ont composé un portrait d'une richesse inépuisable de la péninsule. Les suivre à la trace, de Pont-Aven à Lamballe et de Quimper au Pouldu, c'est découvrir la région autrement, par le regard de ceux qui l'ont le plus aimée. Et si ces tableaux vous donnent envie d'aller plus loin, poursuivez l'exploration avec nos articles consacrés à la culture bretonne, à ses fêtes, à ses costumes et à ses légendes : la Bretagne des peintres n'est jamais très loin de celle des conteurs.
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