Bro Gozh ma Zadoù : l'hymne breton, paroles, origine et histoire
Le Bro Gozh ma Zadoù est l'hymne breton par excellence. Découvrez ses paroles et leur traduction, son étonnante origine galloise, et les grandes occasions où il résonne, des stades aux festivals.

Il suffit de quelques notes pour que les frissons arrivent. Dans un stade, au cœur d'un festival ou à la fin d'un rassemblement, quand des milliers de voix entonnent le Bro Gozh ma Zadoù, quelque chose de puissant se produit. Cet hymne breton, dont le titre signifie « Vieux pays de mes pères », est devenu au fil du temps le chant identitaire de toute une région, repris avec la même ferveur par les supporters, les musiciens et les familles réunies pour les grandes occasions.
Pourtant, peu de gens connaissent vraiment son histoire. D'où vient cette mélodie si solennelle ? Pourquoi ressemble-t-elle autant à l'hymne gallois ? Qui a écrit les paroles bretonnes, et que racontent-elles exactement ? Et surtout, dans quelles circonstances entend-on aujourd'hui ce chant qui fait se lever les foules ?
Dans cet article, nous vous proposons un voyage complet au cœur de l'hymne breton : ses origines galloises, le rôle du barde Taldir Jaffrennou, un extrait des paroles avec leur traduction, et un tour d'horizon des moments où le Bro Gozh résonne en Bretagne et bien au-delà.
Que signifie Bro Gozh ma Zadoù ?
Commençons par le titre, souvent écorché par les non-bretonnants. Bro Gozh ma Zadoù se traduit littéralement par « Vieux pays de mes pères ». Le mot « bro » désigne le pays, la terre natale, une notion très forte en breton. « Kozh » (qui devient « gozh » par mutation, une particularité de la langue bretonne) signifie « vieux », et « ma zadoù » veut dire « de mes pères », autrement dit des ancêtres.
Le titre annonce donc la couleur : ce chant est un hommage à la terre des aïeux, à une Bretagne ancienne, fière de son histoire et de sa langue. Il ne s'agit pas d'un hymne officiel au sens juridique du terme, comme peut l'être La Marseillaise pour la France, mais d'un hymne adopté par l'usage, chanté depuis plus d'un siècle dans les grands moments de la vie bretonne et aujourd'hui largement reconnu comme le chant emblématique de la région.
Le Bro Gozh occupe ainsi une place à part dans la culture bretonne, aux côtés d'autres symboles forts comme le drapeau noir et blanc, la musique traditionnelle ou les costumes. Il incarne une identité vivante, transmise de génération en génération, et son succès ne se dément pas : il est même de plus en plus chanté, y compris par des personnes qui ne parlent pas breton au quotidien.
Une origine galloise : l'histoire étonnante de l'hymne breton
Voici sans doute l'aspect le plus surprenant du Bro Gozh ma Zadoù : sa mélodie n'est pas née en Bretagne, mais au pays de Galles. L'hymne breton est en effet l'adaptation directe du chant gallois Hen Wlad fy Nhadau, dont le titre signifie exactement la même chose : « Vieux pays de mes pères ».
Hen Wlad fy Nhadau, l'hymne du pays de Galles
Ce chant gallois a été composé au milieu du XIXe siècle par un père et son fils : Evan James pour les paroles et James James pour la mélodie. Il s'est imposé progressivement comme l'hymne national du pays de Galles, où il est encore aujourd'hui chanté avec une ferveur impressionnante, notamment avant les matchs de rugby du XV gallois. Sa mélodie ample et solennelle, montant en puissance jusqu'au refrain, se prête magnifiquement au chant collectif.
À la fin du XIXe siècle, les liens entre les pays celtiques connaissent un renouveau. Bretons, Gallois, Écossais, Irlandais et Cornouaillais multiplient les échanges culturels, se rendent visite lors de congrès et redécouvrent leurs racines communes. C'est dans ce contexte d'effervescence celtique que la mélodie galloise va traverser la mer pour trouver une seconde patrie en Bretagne.
Taldir Jaffrennou, le barde qui a donné ses paroles à la Bretagne
L'homme qui a offert des paroles bretonnes à cette mélodie s'appelle François Jaffrennou, plus connu sous son nom bardique de Taldir. Jeune écrivain et militant de la langue bretonne, passionné par le monde gallois, il rédige une adaptation en breton du chant gallois, publiée en 1898. Il ne s'agit pas d'une traduction mot à mot, mais d'une véritable réécriture qui transpose l'esprit du texte gallois dans le paysage et l'imaginaire bretons : l'Armor, la mer, les ancêtres, la langue.
Le succès est rapide. En 1903, l'Union régionaliste bretonne, réunie en congrès, choisit le Bro Gozh ma Zadoù comme chant national de la Bretagne. À partir de là, le chant se diffuse dans les cercles culturels, les fêtes et les rassemblements, avant de connaître un formidable regain de popularité à partir de la fin du XXe siècle, porté notamment par le renouveau de la musique bretonne et par le monde du sport.
Les paroles de l'hymne breton et leur traduction
Le Bro Gozh ma Zadoù comporte plusieurs couplets, mais c'est le premier couplet et surtout le refrain que l'on entend le plus souvent dans les stades et les festivals. Voici le premier couplet en breton :
Ni, Breizhiz a galon, karomp hon gwir Vro !
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-dro.
Dispont kreiz ar brezel, hon tadoù ken mat,
A skuilhas eviti o gwad.
Ce que l'on peut traduire ainsi : « Nous, Bretons de cœur, aimons notre vrai pays ! L'Armor est renommé à travers le monde. Sans peur au cœur de la guerre, nos pères si bons versèrent pour elle leur sang. »
Vient ensuite le fameux refrain, celui que tout le monde reprend en chœur :
O Breizh, ma Bro, me 'gar ma Bro.
Tra ma vo mor 'vel mur 'n he zro,
Ra vezo digabestr ma Bro !
Soit, en français : « Ô Bretagne, mon pays, que j'aime mon pays. Tant que la mer sera comme un mur autour d'elle, sois libre, mon pays ! »
Quelques mots clés aident à comprendre l'esprit du texte :
- Breizh : la Bretagne, mot que l'on retrouve partout, des autocollants BZH aux noms de festivals ;
- Arvor : le pays de la mer, le littoral breton, par opposition à l'Argoat, le pays des bois ;
- digabestr : libre, sans entraves, un mot fort qui conclut le refrain ;
- tadoù : les pères, les ancêtres, auxquels le chant rend hommage.
Les couplets suivants célèbrent la Bretagne « terre des vieux saints, terre des bardes », ses montagnes et ses landes, et surtout sa langue, que le chant appelle à faire vivre pour toujours. C'est un texte à la fois patriotique et poétique, sans agressivité, tourné vers l'amour du pays plutôt que vers la haine de qui que ce soit.
Quand chante-t-on le Bro Gozh ma Zadoù ?
Longtemps réservé aux cercles militants et culturels, l'hymne breton s'est largement popularisé. Aujourd'hui, on l'entend dans des contextes très variés, du plus solennel au plus festif.
Dans les stades, des pelouses bretonnes au Stade de France
Le football et le rugby ont beaucoup contribué à la popularité actuelle du Bro Gozh. Il est régulièrement interprété avant les grands matchs des clubs bretons, et les supporters le reprennent en tribunes comme un signe de ralliement. Un moment est resté dans les mémoires : la finale de la Coupe de France 2009, cent pour cent bretonne, entre le Stade Rennais et Guingamp, où l'hymne a résonné au Stade de France devant des dizaines de milliers de spectateurs. Depuis, le chanter avant les grandes affiches est devenu une tradition bien installée.
Dans les festivals et les grandes fêtes bretonnes
Impossible d'évoquer l'hymne breton sans parler des festivals. Au Festival interceltique de Lorient, qui réunit chaque été les nations celtiques, le Bro Gozh est un moment fort, souvent chanté aux côtés de son cousin gallois. On l'entend aussi dans de nombreuses fêtes locales, à la fin des concerts de musique bretonne, et parfois pour clore un fest-noz, cette grande fête à danser où la communauté se retrouve autour des sonneurs et des chanteurs. Quand la soirée se termine et que les danseurs se donnent encore le bras, entonner le Bro Gozh est une manière de prolonger l'émotion collective.
Dans les moments officiels et solennels
L'hymne breton accompagne également des moments plus institutionnels : cérémonies, commémorations, vœux, inaugurations, remises de prix culturels. Il est aussi chanté lors de mariages, d'enterrements ou de fêtes de famille, quand on veut marquer l'attachement à la Bretagne. De nombreux artistes bretons l'ont enregistré, dont Alan Stivell, ce qui a contribué à le faire connaître bien au-delà des frontières régionales.
Un hymne qui relie les nations celtiques
Le Bro Gozh ma Zadoù n'est pas un chant isolé : il appartient à une véritable famille d'hymnes. La même mélodie sert en effet d'hymne au pays de Galles avec Hen Wlad fy Nhadau, et la Cornouailles britannique en possède également sa version, Bro Goth agan Tasow. Trois nations celtiques, trois langues sœurs, une seule mélodie : le symbole est magnifique.
Cette parenté prend tout son sens lors des rencontres interceltiques, quand Bretons, Gallois et Cornouaillais chantent ensemble, chacun dans sa langue, sur la même musique. Elle rappelle que la Bretagne s'inscrit dans un ensemble culturel plus vaste, celui des pays celtiques de l'Atlantique, avec lesquels elle partage des langues apparentées, des musiques, des danses et des légendes.
L'hymne s'inscrit ainsi dans un paysage symbolique breton très riche. Si le sujet vous passionne, vous serez sans doute curieux de découvrir le nom du drapeau breton, le fameux Gwenn ha Du, dont l'histoire est tout aussi passionnante que celle du Bro Gozh. Drapeau, hymne, langue, musique : tous ces éléments forment un ensemble cohérent qui fait la singularité de la Bretagne au sein de la France et de l'Europe.
Comment apprendre et chanter l'hymne breton ?
Bonne nouvelle : il n'est pas nécessaire de parler breton pour chanter le Bro Gozh. Beaucoup de Bretons l'ont appris phonétiquement, couplet après couplet, et le refrain s'attrape très vite après quelques écoutes. Voici quelques repères pour vous lancer :
- Commencez par le refrain : trois vers seulement, répétés à chaque reprise, c'est la porte d'entrée idéale ;
- Écoutez plusieurs versions : interprétations solennelles avec chœurs, versions folk ou enregistrements captés dans les stades, chacune éclaire le chant différemment ;
- Appuyez-vous sur la phonétique : « Bro Gozh ma Zadoù » se prononce approximativement « bro goz ma zadou », et le « zh » breton se prononce ici comme un « z » ;
- Chantez-le en groupe : c'est un chant fait pour être partagé, et l'émotion collective aide beaucoup à mémoriser.
Pour aller plus loin, rien ne remplace l'immersion dans la musique bretonne vivante. Assister à un concert de bagad, écouter les sonneurs de couple ou découvrir le biniou breton, instrument de musique aux traditions rituelles, permet de comprendre l'univers sonore dans lequel l'hymne s'inscrit. La musique bretonne est un continuum : du chant a cappella aux grandes formations, tout se répond.
Notez enfin que le Bro Gozh se chante debout, souvent bras dessus bras dessous ou main sur le cœur pour les plus solennels. Il n'existe pas de protocole strict, mais l'usage veut que l'on se lève et que l'on cesse les conversations : c'est un moment de communion, pas un fond sonore.
L'hymne breton, un chant plus vivant que jamais
Né d'une mélodie galloise et de la plume d'un jeune barde breton, adopté comme chant national dès le début du XXe siècle, le Bro Gozh ma Zadoù a traversé les générations sans prendre une ride. Des tribunes des stades aux scènes des festivals, des cérémonies officielles aux fêtes de famille, il continue de rassembler les Bretons et tous ceux qui aiment la Bretagne autour de quelques vers simples et puissants : tant que la mer entourera la péninsule, le vieux pays des pères restera debout.
Si cet article vous a donné envie d'explorer davantage le patrimoine breton, poursuivez la découverte sur notre blog : traditions, musique, danses, costumes et légendes n'attendent que vous pour révéler leurs secrets.
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