Nom du drapeau breton : le Gwenn ha Du, emblème blanc et noir de la Bretagne
Le drapeau breton s'appelle le Gwenn ha Du, ce qui signifie « blanc et noir » en breton. Découvrez l'histoire, la symbolique et les usages de cet emblème créé en 1923.

Le nom du drapeau breton est le Gwenn ha Du, expression bretonne qui se traduit littéralement par « blanc et noir ». Deux couleurs, deux mots, et une identité entière. Reconnaissable entre mille avec ses bandes horizontales alternées et ses mouchetures d'hermine, ce drapeau est devenu l'étendard de la Bretagne et de ses habitants à travers le monde entier.
Il flotte sur les façades des mairies, se déploie lors des festivals et des fêtes populaires, orne les coques des navires de pêche et accompagne les supporters sportifs. Pourtant, son histoire ne remonte qu'au début du XXe siècle et il n'a jamais été un drapeau officiel au sens institutionnel du terme. Sa légitimité, il la tient d'un attachement populaire profond et d'une charge symbolique millénaire.
Découvrez tout ce qu'il faut savoir sur cet emblème : signification du nom, prononciation, description précise, origines historiques et usages contemporains.
Gwenn ha Du : signification du nom et prononciation
En langue bretonne, gwenn signifie « blanc » et du signifie « noir ». La particule ha est simplement la conjonction « et ». Le nom du drapeau est donc une description directe et sobre de ses couleurs : blanc et noir.
Comment prononcer « Gwenn ha Du » ?
La prononciation peut dérouter ceux qui découvrent la langue bretonne. Voici quelques repères :
- Gwenn : se prononce approximativement « gwènn », avec un « gw » similaire à l'anglais Gwen, et un « n » final légèrement nasalisé selon les dialectes.
- ha : se prononce « ha » (comme en français), parfois légèrement aspiré.
- Du : se prononce « dü » dans certains dialectes, ou « du » comme en français dans d'autres. La forme la plus répandue dans l'usage courant est proche du « du » français.
En breton, l'adjectif de couleur gwenn porte aussi d'autres nuances selon le contexte : il peut évoquer la lumière, la pureté, parfois la sacralité. La couleur du (noir) n'a pas connotation funèbre dans la tradition bretonne : elle évoque la terre, l'enracinement, la densité. Cette complémentarité chromatique donne au nom du drapeau une profondeur que la simple description visuelle ne restitue pas totalement.
Description du Gwenn ha Du : bandes et hermine
Le Gwenn ha Du se compose de deux éléments distincts et complémentaires : un champ de bandes horizontales et un canton héraldique.
Les 9 bandes horizontales
Le corps du drapeau est formé de 9 bandes horizontales alternées, 5 noires et 4 blanches. Leur ordre, en partant du haut, est : noir, blanc, noir, blanc, noir, blanc, noir, blanc, noir. Ces bandes ne sont pas une simple décoration géométrique : chacune représente l'un des neuf pays traditionnels de Bretagne.
Le tableau ci-dessous récapitule la correspondance entre bandes et territoires :
| Couleur de bande | Nombre | Zone représentée | Pays traditionnels |
|---|---|---|---|
| Noir | 5 | Haute-Bretagne (pays gallos) | Nantes, Rennes, Penthièvre, Saint-Malo–Dol, Trégor oriental |
| Blanc | 4 | Basse-Bretagne (pays bretonnants) | Léon, Trégor, Cornouaille, Vannetais |
Cette distinction géographique traduit une réalité linguistique et culturelle ancienne. La Haute-Bretagne, de tradition romane, parle le gallo (langue d'oïl locale). La Basse-Bretagne est le berceau du breton, langue celtique. Le Gwenn ha Du réunit symboliquement ces deux Bretagne sous un même étendard, sans effacer leurs différences.
Les 11 mouchetures d'hermine
Dans le canton supérieur gauche du drapeau (le coin le plus proche du mât, en haut), se trouvent 11 mouchetures d'hermine noires disposées sur fond blanc, en trois rangées (4-3-4). Ces mouchetures stylisées représentent la fourrure d'hermine telle qu'elle apparaît dans la tradition héraldique : une forme évoquant une fleur ou une pièce de fourrure, reconnaissable à sa silhouette à trois pointes.
L'hermine est le symbole héraldique de la Bretagne par excellence. Depuis le Moyen Âge, elle figurait sur les armes des ducs de Bretagne et constituait l'un des éléments distinctifs du duché. Sa présence sur le Gwenn ha Du ancre le drapeau moderne dans une tradition héraldique plusieurs fois centenaire.
Pourquoi 11 mouchetures précisément ? Morvan Marchal, le créateur du drapeau, ne nous a pas laissé d'explication documentée sur ce choix numérique précis. Le nombre 11 n'a pas de signification héraldique codifiée universelle : il s'agit probablement d'un choix esthétique et de composition adapté aux proportions du canton.
Histoire : qui a créé le drapeau breton et quand ?
Le Gwenn ha Du est une création relativement récente. Son auteur est Morvan Marchal (1900-1963), architecte, dessinateur et militant régionaliste breton. Il conçoit le drapeau en 1923, dans le contexte d'un renouveau des mouvements régionalistes en France et en Europe.
Le contexte de 1923
Au début du XXe siècle, la Bretagne ne dispose pas d'un drapeau unifié et largement accepté. Des militants culturels et politiques cherchent à doter la région d'un symbole fédérateur qui soit à la fois moderne et ancré dans l'histoire. Morvan Marchal, impliqué dans le mouvement régionaliste breton, propose un dessin qui synthétise deux héritages : les neuf pays de Bretagne (bandes) et la tradition héraldique ducale (hermines).
Le drapeau est présenté pour la première fois au public en 1923 lors d'une manifestation bretonnante. Il connaît une diffusion progressive au cours des décennies suivantes, d'abord dans les milieux militants puis, après la Seconde Guerre mondiale et surtout à partir des années 1960-1970, dans l'ensemble de la population bretonne.
Un drapeau populaire, non officiel
Il est important de noter que le Gwenn ha Du n'est pas le drapeau officiel d'une collectivité territoriale au sens institutionnel. La Région Bretagne dispose de son propre logo institutionnel. Le Gwenn ha Du est un symbole populaire et culturel, dont la légitimité repose sur l'usage et l'attachement des Bretons, non sur un décret ou une loi. C'est précisément ce statut qui en fait un symbole vivant, approprié par les habitants bien au-delà des cercles militants.
Les bannières bretonnes avant le Gwenn ha Du
Avant 1923, la Bretagne n'était pas sans symboles. Plusieurs bannières et drapeaux ont accompagné l'histoire du duché et de la région.
Le Kroaz Du (la Croix Noire)
Le Kroaz Du (littéralement « croix noire » en breton) est une croix noire sur fond blanc. Il est attesté comme étendard de guerre breton dès le Moyen Âge, utilisé notamment dans les conflits entre le duché de Bretagne et ses voisins. Ce symbole austère et puissant reste associé dans l'imaginaire breton à la résistance et à l'identité bretonne guerrière. On le retrouve encore aujourd'hui dans certaines représentations identitaires et sur des vêtements ou objets régionaux.
La bannière herminée ducale
Le duché de Bretagne utilisait une bannière d'hermine : un champ entièrement semé de mouchetures d'hermine, sans autre figure. Cette bannière ducale est étroitement liée aux armes des ducs de Bretagne — d'hermine plain, c'est-à-dire un écu entièrement d'hermine sans autre meuble. Elle symbolisait la maison ducale et le pouvoir souverain du duché.
Avec le rattachement de la Bretagne à la France (traité d'union de 1532), ces symboles perdent leur portée politique souveraine mais continuent d'être utilisés dans des contextes cérémonieux, héraldiques ou locaux. C'est ce fonds symbolique que Morvan Marchal réinterprète et modernise en 1923 en créant le Gwenn ha Du.
Pour mieux saisir comment ces symboles s'inscrivent dans un ensemble culturel plus vaste, n'hésitez pas à parcourir nos autres guides sur la culture bretonne, qui retracent les grandes lignes de cet héritage singulier.
La symbolique de l'hermine en Bretagne
L'hermine mérite qu'on s'y attarde, tant elle est omniprésente dans l'iconographie bretonne. Dans la tradition héraldique, la fourrure d'hermine est représentée par des mouchetures stylisées (les petits motifs noirs sur fond blanc) qui évoquent les taches du pelage de l'animal en hiver.
Origine de la légende
Une légende médiévale, très répandue en Bretagne, explique l'adoption de l'hermine comme symbole ducal. Elle raconte qu'un duc de Bretagne en fuite, poursuivi lors d'une chasse ou d'un combat, aurait vu une hermine préférer mourir plutôt que de souiller sa fourrure blanche en traversant un marécage boueux. Frappé par ce geste, le duc aurait alors adopté la devise « Plutôt la mort que la souillure » (en breton : « Kentoc'h mervel eget bezañ saotret ») et pris l'hermine pour emblème.
Cette légende, qu'elle soit historiquement fondée ou non, dit quelque chose d'essentiel sur les valeurs que la Bretagne a choisi de se donner : la dignité, l'intégrité, la préférence de la mort sur le déshonneur. Des valeurs qui transparaissent dans de nombreux récits et légendes celtes bretonnes.
Présence contemporaine de l'hermine
Aujourd'hui, l'hermine est partout en Bretagne. On la trouve sur les blasons des communes, les façades des édifices publics, les objets artisanaux, les bijoux, les textiles. Elle orne les coiffes festives, les bannières des associations et les maillots des équipes sportives. Elle est l'un des marqueurs visuels les plus immédiats de l'identité bretonne, aux côtés du Gwenn ha Du lui-même.
Usages actuels du Gwenn ha Du
Le Gwenn ha Du est aujourd'hui l'un des drapeaux régionaux les plus portés et les plus reconnus de France. Son usage déborde largement les frontières de la Bretagne administrative.
Fêtes et festivals
Le drapeau breton est omniprésent lors des grandes fêtes de la région. Les festivals bretons et le fest-noz en sont des occasions privilégiées : il flotte sur les scènes, est agité par la foule, imprimé sur les t-shirts et les programmes. La fête de la Bretagne, organisée chaque année en mai, en fait son emblème central. Les cercles celtiques et groupes de musique traditionnelle l'arborent lors de leurs performances, en Bretagne comme à l'international.
Le monde maritime
Sur les côtes bretonnes, le Gwenn ha Du accompagne la vie maritime. Il flotte sur les mâts des bateaux de pêche, des voiliers et des vedettes de plaisance. Lors des grandes courses à la voile (la Bretagne est l'une des régions maritimes les plus actives de France), les équipages bretons déploient fréquemment leur drapeau régional. La Route du Rhum, le Vendée Globe et d'autres épreuves de haute mer sont autant d'occasions de le voir traverser les océans.
Le sport
Les supporters des clubs sportifs bretons — football, rugby, basket, cyclisme — ont adopté le Gwenn ha Du comme signe de ralliement. Lors des compétitions nationales et européennes, il est agité dans les tribunes ou déployé en tifo. Il incarne une fierté territoriale qui dépasse le simple régionalisme pour toucher à une identité culturelle partagée.
La diaspora bretonne
Le Gwenn ha Du est également très présent parmi les Bretons émigrés à Paris, dans d'autres régions de France, ou à l'étranger. Les associations de la diaspora bretonne l'utilisent systématiquement pour se signaler et maintenir un lien avec leur région d'origine. On le trouve dans des pubs irlandais à Paris arborant une touche bretonne, lors des rassemblements de Bretons en Amérique du Nord ou en Australie.
Cette diffusion mondiale est intimement liée aux traditions qui structurent la culture bretonne et que l'on retrouve dans nos guides sur la tradition en Bretagne.
Comment arborer le Gwenn ha Du ?
Il n'existe pas de protocole officiel d'usage du Gwenn ha Du, puisqu'il n'est pas un drapeau d'État. Quelques usages consensuels se sont cependant établis.
Orientation et sens d'accrochage
- En façade horizontale : le canton des hermines doit se trouver en haut à gauche (côté observateur), la première bande en partant du haut étant noire.
- Sur un mât vertical : le canton des hermines est placé en haut près du mât. Les bandes sont horizontales.
- Déploiement en bandeau : lors des manifestations ou cortèges, le drapeau est tenu à l'horizontale avec le canton en haut à gauche du porteur.
Occasions et contextes
Le Gwenn ha Du peut être arboré librement par tout particulier, association ou collectivité qui souhaite exprimer son attachement à la Bretagne. Il n'y a pas de restriction légale à son usage en France. Il peut être affiché en façade, déployé lors d'événements festifs ou commémoratifs, intégré à une décoration intérieure ou extérieure.
L'usage dominant est festif et culturel. Il est rare de le voir dans des contextes purement politiques ou protestataires, même si certains mouvements bretons l'utilisent aussi dans ce registre. Son image est majoritairement positive et associée à la fierté culturelle plutôt qu'à une revendication partisane.
Reproductions et objets dérivés
Le motif du Gwenn ha Du, sans protection par le droit d'auteur dans la plupart de ses formes courantes, est librement reproduit sur des centaines de supports : drapeaux, autocollants, vêtements, vaisselle, bijoux, mobilier. C'est l'un des motifs régionaux les plus déclinés en France. Cette omniprésence témoigne d'un attachement sincère et d'une vitalité symbolique rare pour un emblème régional non officiel.
Conclusion
Le Gwenn ha Du — « blanc et noir » — n'est pas qu'un drapeau. C'est un abrégé visuel de la Bretagne : ses neuf pays unis sous deux couleurs, sa tradition héraldique millénaire résumée en onze hermines, son identité double (gallo et bretonnant) réconciliée sous un même étendard. Créé en 1923 par Morvan Marchal, il est devenu en un siècle l'un des symboles régionaux les plus vivants et les plus portés de France, sans jamais avoir eu besoin d'un décret pour s'imposer.
Le comprendre, c'est déjà mieux comprendre la Bretagne — ses lignes de fracture historiques, ses fiertés profondes, son rapport singulier à l'identité collective. A galon — de tout cœur — continuez à explorer nos autres guides sur la Bretagne pour aller plus loin dans cette découverte.


