Far breton aux pommes : recette facile de la variante fruitée
Moelleux, doré et parfumé, le far breton aux pommes revisite le classique aux pruneaux. Recette détaillée, choix des variétés et astuces de cuisson pour le réussir à tous les coups.

Quand on évoque le far breton, l'image qui vient en tête est presque toujours celle d'une pâte dense et dorée, piquée de pruneaux moelleux. Pourtant, dans bien des familles bretonnes, une autre version circule de génération en génération : le far breton aux pommes. Plus fruité, légèrement acidulé, il met à l'honneur un fruit que les vergers de Bretagne produisent en abondance depuis des siècles.
Cette variante n'a rien d'une simple copie. Les pommes apportent du jus, du parfum et une texture différente : leur préparation, la variété choisie, le temps de cuisson, tout demande de petits ajustements par rapport à la recette classique. C'est précisément ce que ce guide vous propose : une recette complète du far breton aux pommes, des conseils concrets pour choisir les bons fruits et une comparaison honnête avec son célèbre cousin aux pruneaux.
Que vous soyez un habitué des desserts bretons ou que vous prépariez votre tout premier far, vous trouverez ici tout ce qu'il faut pour sortir du four un far aux pommes moelleux, doré et parfumé, digne des meilleures tables familiales.
Le far breton aux pommes, une variante ancrée dans la tradition
Le mot « far » vient du latin far, qui désignait le blé et, par extension, une bouillie de céréales. À l'origine, le far breton était d'ailleurs un plat rustique, souvent salé : une bouillie de farine cuite au four ou dans un sac de toile, servie en accompagnement des viandes et des légumes. Ce n'est que progressivement que la version sucrée, enrichie d'œufs, de lait et de sucre, s'est imposée comme le dessert emblématique que l'on connaît aujourd'hui.
Si les pruneaux dominent dans la version la plus célèbre, les fruits du verger local ont toujours eu leur place dans les fars familiaux. La pomme, omniprésente en Bretagne où elle sert aussi à produire cidre et jus, était une évidence : disponible une grande partie de l'année, peu coûteuse, elle se marie à merveille avec cette pâte riche et vanillée, à mi-chemin entre le flan et le clafoutis.
Le far aux pommes s'inscrit ainsi dans la grande famille de la gastronomie bretonne, aux côtés du kouign-amann, des galettes de sarrasin ou du gâteau breton : des recettes simples en apparence, mais dont la réussite tient à quelques tours de main et à la qualité des ingrédients.
Ce qui distingue cette version fruitée
Contrairement aux pruneaux, fruits secs qui restent stables à la cuisson, la pomme est un fruit frais gorgé d'eau. Elle rend du jus, fond partiellement dans la pâte et peut, si l'on n'y prend pas garde, détremper le far. Toute la spécificité de la recette aux pommes tient donc à la gestion de cette humidité : choix d'une variété qui se tient, précuisson éventuelle des fruits, cuisson au four un peu plus attentive. Bien maîtrisée, cette humidité devient un atout : elle donne un far plus léger en bouche, aux notes acidulées qui équilibrent joliment la douceur de la pâte.
Quelles pommes choisir pour un far breton réussi
Le choix de la variété est sans doute la décision la plus importante de toute la recette. Une pomme mal adaptée se transforme en compote aqueuse et noie la pâte ; une pomme bien choisie garde des morceaux fondants et parfumés, qui structurent chaque part.
Les variétés qui se tiennent à la cuisson
Privilégiez des pommes fermes, plutôt acidulées, qui gardent leur forme au four :
- La Reine des Reinettes : équilibrée entre sucre et acidité, elle tient parfaitement la cuisson et développe des arômes complexes. C'est un choix sûr pour le far.
- La Belle de Boskoop : franche acidité et chair dense, idéale si vous aimez un far au caractère marqué. Elle supporte très bien une précuisson au beurre.
- La Chanteclerc : parfumée et légèrement acidulée, elle fond sans se déliter complètement.
- L'Elstar : juteuse mais assez ferme, avec un joli parfum, elle convient bien si vous coupez les morceaux un peu plus gros.
- La Golden : plus douce et facile à trouver toute l'année, elle fonctionne correctement, à condition de la choisir bien ferme et de relever la pâte d'une pointe de citron ou de vanille.
Si vous avez accès à des pommes de vergers bretons, souvent des variétés anciennes locales, n'hésitez pas : leur typicité fera toute la différence, même si leur nom ne figure pas dans cette liste.
Les pommes à éviter
Écartez les variétés farineuses ou trop gorgées d'eau, qui s'effondrent en purée à la cuisson. De manière générale, une pomme qui se défait rapidement en compote sur le feu se comportera de la même façon dans votre far. Évitez aussi les fruits trop mûrs, dont la chair molle rendra beaucoup de jus.
Pommes crues ou précuites : deux écoles
Vous pouvez incorporer les pommes crues, simplement épluchées et coupées en lamelles ou en dés : c'est la méthode la plus rapide, qui donne des morceaux plus présents en bouche. La seconde école, que nous recommandons, consiste à poêler les morceaux quelques minutes dans un peu de beurre demi-sel avec une cuillerée de sucre. Cette précuisson fait évaporer une partie de l'eau, concentre les arômes et enrobe les fruits d'un léger voile caramélisé. Le far y gagne en tenue et en gourmandise.
La recette du far breton aux pommes pas à pas
La base de pâte reste très proche de celle du far traditionnel : farine, œufs, sucre, lait, et une touche de beurre. Si vous souhaitez d'abord maîtriser les fondamentaux de cet appareil, notre guide expliquant comment faire un far breton détaille chaque geste de la version classique. Voici la déclinaison adaptée aux pommes.
Les ingrédients pour un moule familial (6 à 8 parts)
- 250 g de farine de blé (type 45 ou 55)
- 150 g de sucre (un peu moins si vos pommes sont très sucrées)
- 4 œufs entiers
- 75 cl de lait entier, tiédi de préférence
- 3 à 4 pommes fermes et acidulées
- 40 g de beurre demi-sel (pour les pommes et le moule)
- 1 sachet de sucre vanillé ou les graines d'une gousse de vanille
- 1 pincée de sel
- Facultatif : un petit verre de lambig ou de rhum, ou un filet de jus de citron
La préparation en cinq étapes
- Étape 1, les pommes : épluchez-les, retirez le cœur et coupez-les en lamelles épaisses ou en dés généreux. Faites-les revenir 5 minutes environ dans le beurre demi-sel avec une cuillerée de sucre, jusqu'à ce qu'elles soient légèrement dorées mais encore fermes. Réservez.
- Étape 2, la pâte : dans un saladier, mélangez la farine, le sucre, le sucre vanillé et le sel. Creusez un puits, ajoutez les œufs battus et incorporez-les à la farine en fouettant du centre vers les bords.
- Étape 3, le lait : versez le lait tiède progressivement, en fouettant sans cesse pour éviter les grumeaux. Vous devez obtenir une pâte fluide, proche d'une pâte à crêpes épaisse. Ajoutez l'alcool ou le jus de citron si vous en utilisez.
- Étape 4, le montage : beurrez généreusement un moule à bords hauts (le plat en terre ou en céramique donne les plus belles croûtes). Répartissez les pommes poêlées au fond, puis versez délicatement la pâte par-dessus. Certaines lamelles remonteront à la surface : c'est parfaitement normal.
- Étape 5, la cuisson : enfournez dans un four préchauffé et laissez cuire jusqu'à obtenir un dessus bien doré et une pâte prise (voir les repères détaillés ci-dessous).
Le repos de la pâte, un détail qui change tout
Comme pour les crêpes, laisser reposer la pâte 30 minutes à 1 heure à température ambiante permet à la farine de s'hydrater complètement. Le far n'en sera que plus moelleux et plus homogène. Ce n'est pas obligatoire, mais si vous avez le temps, ne vous en privez pas : préparez la pâte, poêlez les pommes pendant le repos, et enfournez ensuite.
La cuisson : obtenir un far doré, pris et fondant
La cuisson fait toute la différence entre un far quelconque et un far mémorable. Avec des pommes, elle demande un peu plus de vigilance qu'avec des pruneaux, car le jus rendu par les fruits peut allonger le temps nécessaire.
Température et durée indicatives
Comptez une cuisson d'environ 45 minutes à 1 heure dans un four préchauffé à 180 ou 200 degrés, selon votre four et la profondeur du moule. Une méthode appréciée consiste à démarrer une dizaine de minutes à four assez chaud pour saisir la pâte et lancer la coloration, puis à baisser la température pour laisser le cœur cuire en douceur. Si le dessus dore trop vite, couvrez simplement d'une feuille de papier d'aluminium en fin de cuisson.
Comment savoir si votre far est cuit
Trois repères simples vous éviteront toute déconvenue :
- La lame du couteau : piquée au centre, elle doit ressortir quasiment propre, avec éventuellement une trace humide due aux pommes, mais sans pâte liquide.
- Le tremblé : secouez doucement le moule ; le centre doit être pris, avec un léger frémissement de flan, pas de vague liquide.
- La couleur : un far réussi affiche un dessus brun doré, presque ambré par endroits. C'est cette croûte parfumée qui fait le charme du dessert.
Dernier conseil, et non des moindres : laissez le far refroidir complètement avant de le découper. Tiède, il paraît toujours trop souple ; c'est en refroidissant qu'il prend sa texture définitive, dense et fondante. Beaucoup d'amateurs le trouvent même meilleur le lendemain, après une nuit au frais.
Far aux pommes ou far aux pruneaux : quelles différences ?
Les deux versions partagent la même base de pâte, mais l'expérience en bouche est réellement différente. Si vous voulez comparer par vous-même, notre recette du far breton aux pruneaux traditionnel vous donnera le point de référence, celui que l'on sert dans la plupart des boulangeries bretonnes.
- Le goût : le pruneau apporte des notes sucrées, presque confites, qui foncent le far et le rendent plus riche. La pomme, elle, joue la fraîcheur et l'acidité, pour un dessert perçu comme plus léger.
- La texture : les pruneaux restent entiers et moelleux, bien identifiables. Les pommes fondent davantage et s'intègrent à la pâte, surtout si elles sont coupées finement.
- L'humidité : les fruits secs absorbent une partie du liquide, tandis que les pommes en rendent. La version aux pommes demande donc une cuisson légèrement plus longue ou des fruits précuits.
- La saison : le far aux pruneaux se prépare à l'identique toute l'année. Le far aux pommes, lui, est à son sommet de l'automne au début du printemps, quand les variétés à cuire abondent sur les étals.
- La préparation : certains font tremper les pruneaux dans du thé ou du rhum avant cuisson ; côté pommes, c'est la poêlée au beurre demi-sel qui joue ce rôle d'exhausteur de goût.
Inutile de trancher un faux débat : les deux fars ont leur place, et bien des gourmands alternent selon la saison et l'humeur. L'important est de respecter la logique propre à chaque fruit.
Servir, conserver et décliner votre far aux pommes
Les accords qui fonctionnent
Le far breton aux pommes se suffit à lui-même, servi en parts généreuses à température ambiante. Pour un goûter ou un dessert plus habillé, accompagnez-le d'une boule de glace vanille, d'un peu de caramel au beurre salé ou d'une cuillerée de crème épaisse. Côté boissons, l'accord régional s'impose naturellement : un verre de cidre brut fait écho aux pommes du far. Pour bien le choisir, jetez un œil à notre sélection du meilleur cidre breton fermier à goûter, qui privilégie les producteurs travaillant les variétés locales.
Conservation
Couvert d'un film ou placé dans une boîte hermétique, le far aux pommes se garde 2 à 3 jours au réfrigérateur. Sortez-le une trentaine de minutes avant dégustation pour qu'il retrouve son fondant, ou passez brièvement les parts au four doux. La congélation est possible mais déconseillée : les pommes rendent de l'eau à la décongélation et la texture en pâtit.
Trois variantes à essayer
- Pommes et caramel au beurre salé : nappez le fond du moule d'un caramel maison avant d'ajouter les fruits, pour un effet renversé très gourmand.
- Pommes flambées au lambig : flambez les pommes poêlées à l'eau-de-vie de cidre bretonne pour une version de fête aux arômes profonds.
- Pommes et épices douces : une pointe de cannelle ou de vanille dans la pâte rapproche le far des desserts d'hiver, sans masquer le fruit.
Le far breton aux pommes n'est pas un far au rabais : c'est une variante à part entière, fraîche et fruitée, qui demande simplement de choisir des pommes fermes et acidulées, de gérer leur humidité (idéalement par une poêlée au beurre demi-sel) et de soigner la cuisson jusqu'à obtenir ce dessus doré caractéristique. Une fois ces principes acquis, la recette devient un réflexe du dimanche, à décliner au fil des saisons.
Si ce voyage sucré vous a mis en appétit, poursuivez l'exploration : recettes emblématiques, produits du terroir et traditions culinaires, le patrimoine gourmand de la Bretagne regorge d'autres trésors à découvrir dans nos articles.
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