Culture bretonne

Symboles bretons et leur signification : triskell, hermine, BZH

Triskell, hermine, Gwenn ha Du, croix celtique ou sigle BZH : chaque symbole breton raconte une histoire. Tour d'horizon de leurs origines et de la façon dont la Bretagne les fait vivre aujourd'hui.

Erwan Le GallErwan Le Gall10 min de lecture
Symboles bretons et leur signification : triskell, hermine, BZH

Un triskell accroché au cou, une hermine sur un logo, un Gwenn ha Du brandi dans un festival ou un stade : les symboles bretons se glissent partout, en Bretagne comme bien au-delà de ses frontières. Ils ornent les façades des mairies, les fêtes locales, les produits du terroir, les tatouages et les autocollants de voiture. Pourtant, derrière ces images devenues familières se cachent des histoires étonnantes, parfois très anciennes, parfois beaucoup plus récentes qu'on ne l'imagine.

Que signifie vraiment le triskell ? Pourquoi l'hermine est-elle associée à la Bretagne depuis le Moyen Âge ? D'où vient ce drapeau noir et blanc que l'on croise dans le monde entier ? Ce guide passe en revue les grands emblèmes de la culture bretonne : leurs origines, leurs significations et la manière dont les Bretons les font vivre aujourd'hui.

Le triskell, trois spirales pour un symbole millénaire

S'il fallait ne retenir qu'un seul symbole breton, ce serait sans doute lui. Le triskell (on écrit aussi triskèle ou triskel) est ce motif composé de trois branches en spirale qui tournent autour d'un point central, comme trois jambes lancées dans une course sans fin. Son nom vient du grec et évoque justement cette idée de « trois jambes ».

Des origines bien plus anciennes que les Celtes

Contrairement à une idée reçue, le triskell n'est pas une invention celtique. Des motifs à trois spirales ornaient déjà des monuments néolithiques, comme le célèbre site de Newgrange en Irlande, élevé plusieurs millénaires avant notre ère. Les peuples celtes se sont ensuite approprié cette figure et l'ont déclinée sur leurs bijoux, leurs armes et leurs objets du quotidien, au point d'en faire l'un des motifs emblématiques de l'art celte ancien.

Que symbolisent les trois branches ?

Aucun texte antique ne nous livre la signification exacte du triskell, ce qui laisse une belle place à l'interprétation. Les lectures les plus répandues y voient une représentation du chiffre trois, très présent dans les cultures celtiques :

  • les trois éléments : l'eau, la terre et le feu (ou l'air selon les versions) ;
  • les trois âges de la vie : la jeunesse, la maturité et la vieillesse ;
  • les trois mondes des traditions celtiques : le monde des vivants, celui des morts et celui des esprits ;
  • le mouvement perpétuel : le soleil, les cycles des saisons, l'éternel recommencement.

Cette richesse d'interprétations explique en partie son succès : chacun peut y projeter le sens qui lui parle. On retrouve d'ailleurs cette même profondeur symbolique dans tout le folklore breton et ses légendes celtes, où le merveilleux et le sacré se mêlent en permanence.

Un emblème redevenu populaire au XXe siècle

Le triskell tel qu'on le porte aujourd'hui doit beaucoup au renouveau culturel breton du XXe siècle. Le mouvement breton de l'entre-deux-guerres, puis la grande vague folk des années 1970 portée par des artistes comme Alan Stivell, l'ont remis au goût du jour. Depuis, il s'affiche sur les pendentifs, les bagues, les fest-noz, les vêtements et les enseignes, devenant un signe de reconnaissance entre amoureux de la Bretagne.

L'hermine, l'emblème des ducs devenu signe de fierté

Petit mammifère au pelage blanc immaculé en hiver, l'hermine est l'autre grand symbole de la Bretagne. Mais celle que l'on voit sur les drapeaux et les logos n'est pas l'animal lui-même : c'est la moucheture d'hermine, une figure héraldique noire en forme de petite croix évasée, censée représenter l'extrémité noire de la queue de l'animal fixée sur la fourrure blanche.

De la fourrure des rois à l'écu des ducs

Au Moyen Âge, la fourrure d'hermine est un produit de grand luxe, réservé aux souverains, aux hauts dignitaires et aux magistrats. En héraldique, le semis de mouchetures noires sur fond blanc devient une « fourrure » très prestigieuse. Au début du XIVe siècle, les ducs de Bretagne adoptent l'hermine plain, c'est-à-dire un écu entièrement blanc semé de mouchetures noires, comme armoiries du duché. À la fin du même siècle, un ordre de chevalerie breton est même placé sous le signe de l'hermine, preuve de l'importance de ce symbole à la cour ducale.

« Plutôt la mort que la souillure »

Une légende célèbre accompagne l'animal : poursuivie par des chasseurs, une hermine aurait préféré faire face et mourir plutôt que de traverser une mare boueuse qui aurait sali sa fourrure blanche. De cet épisode viendrait la devise traditionnellement associée à la Bretagne : « Plutôt la mort que la souillure ». Qu'elle soit historique ou non, cette histoire a fait de l'hermine un symbole de pureté, de courage et de fidélité à ses valeurs.

L'hermine aujourd'hui

La moucheture d'hermine n'a rien perdu de sa vitalité. Elle figure sur le drapeau breton, dans le logo de la région Bretagne, sur les blasons de nombreuses communes, mais aussi sur les maillots d'équipes sportives, les étiquettes de produits locaux et une infinité d'objets du quotidien. Elle sert en quelque sorte de signature visuelle : une moucheture suffit à dire « ici, c'est la Bretagne ».

Le Gwenn ha Du, un drapeau jeune devenu incontournable

Neuf bandes horizontales noires et blanches, un quartier semé de mouchetures d'hermine : le drapeau breton est aujourd'hui l'un des drapeaux régionaux les plus visibles au monde. On le croise dans les tribunes des stades, sur les scènes de festivals, au sommet des mâts communaux et jusque dans les rassemblements de Bretons expatriés aux quatre coins du globe.

Une création des années 1920

Contrairement au triskell ou à l'hermine, le Gwenn ha Du est un symbole récent. Il a été dessiné dans les années 1920 par le militant breton Morvan Marchal, qui souhaitait doter la Bretagne d'un emblème moderne. Avant lui, la bannière historique du duché était le Kroaz Du, une croix noire sur fond blanc, et l'hermine plain servait de pavillon ducal. Le nouveau drapeau s'est imposé progressivement au fil du XXe siècle, au point de devenir aujourd'hui totalement consensuel.

Ce que racontent les bandes et les mouchetures

Son nom breton signifie tout simplement « blanc et noir ». Les neuf bandes représentent les anciens pays traditionnels de Bretagne : les bandes noires évoquent les pays de Haute-Bretagne, de langue gallèse, et les bandes blanches les pays de Basse-Bretagne, de langue bretonne. Le quartier d'hermines rappelle quant à lui les armoiries des ducs. Le nombre de mouchetures, souvent onze, n'a en revanche aucune signification officielle. Pour aller plus loin sur son histoire, sa composition et son appellation, notre article dédié au nom du drapeau breton raconte en détail la naissance du Gwenn ha Du.

La croix celtique et les symboles venus de la foi

La Bretagne est aussi une terre profondément marquée par le christianisme, et plusieurs de ses symboles les plus forts sont nés de cette histoire religieuse.

La croix inscrite dans un cercle

La croix celtique, ou croix nimbée, associe une croix chrétienne et un cercle qui entoure la croisée des branches. On l'interprète souvent comme la rencontre entre la foi chrétienne et des symboles plus anciens liés au soleil et aux cycles naturels. Les plus spectaculaires sont les hautes croix d'Irlande et des îles britanniques, sculptées au Moyen Âge, mais la Bretagne possède elle aussi de très nombreuses croix anciennes le long de ses chemins.

Calvaires et enclos paroissiaux, une spécificité bretonne

Impossible de parler de symboles religieux bretons sans évoquer les calvaires monumentaux et les enclos paroissiaux, particulièrement nombreux en Basse-Bretagne. Ces ensembles sculptés, érigés surtout entre le XVe et le XVIIe siècle grâce à la prospérité des paroisses rurales, racontent des scènes bibliques dans la pierre de granit ou de kersanton. Ils témoignent d'une foi populaire vivace, que l'on retrouve encore dans les grands pardons qui rythment l'été breton. Croix de chemin, fontaines sacrées et chapelles isolées complètent ce paysage spirituel unique en France.

BZH, Breizh et les emblèmes de la Bretagne contemporaine

Les symboles bretons ne sont pas figés dans le passé : le XXe siècle et le début du XXIe en ont créé de nouveaux, parfois nés de simples autocollants.

Le fameux autocollant BZH

BZH est l'abréviation de Breizh, le nom de la Bretagne en langue bretonne. Le petit autocollant noir et blanc collé à l'arrière des voitures est devenu un phénomène à partir des années 1970, à une époque où l'apposer trop près de la plaque d'immatriculation pouvait valoir une contravention. Cette pointe d'interdit a largement contribué à son succès : afficher BZH, c'était affirmer son identité avec un brin de malice. Aujourd'hui, le sigle est partout, des coques de téléphone aux maillots de sport.

Une identité qui investit le numérique

Signe des temps, la Bretagne dispose depuis le milieu des années 2010 de sa propre extension internet, le .bzh, utilisée par de nombreuses entreprises, associations et collectivités bretonnes. Le breton s'affiche aussi sur la signalétique bilingue des routes et des gares, tandis que l'hymne Bro gozh ma zadoù (« Vieux pays de mes pères ») retentit désormais dans les grands événements sportifs et culturels. Autant de manières modernes de faire vivre des symboles anciens.

Adopter les symboles bretons aujourd'hui : idées et bon usage

Porter ou offrir un symbole breton, c'est transmettre un petit morceau d'histoire. Encore faut-il choisir des objets qui ont du sens et, idéalement, une fabrication soignée.

Bijoux, textile et décoration

Le triskell et l'hermine se prêtent merveilleusement aux bijoux : pendentifs, bagues, boucles d'oreilles ou broches, en argent, en bronze ou en bois. Côté textile, la marinière rayée, souvent considérée comme un symbole breton à part entière même si elle est partagée avec d'autres régions maritimes, côtoie les tee-shirts frappés du Gwenn ha Du ou du sigle BZH. En décoration, drapeaux, fanions et gravures trouvent facilement leur place dans un intérieur.

Choisir des objets qui racontent quelque chose

Plutôt que des babioles produites à la chaîne, privilégiez les créations d'artisans locaux, les matières naturelles et les motifs fidèles aux formes traditionnelles. Notre guide des souvenirs bretons authentiques vous aidera à repérer les objets qui valent vraiment le détour, du bol prénom à la vaisselle ornée d'hermines. Et si vous optez pour un tatouage triskell, prenez le temps de choisir le sens que vous souhaitez lui donner : c'est toute la beauté de ce symbole ouvert.

Respecter le sens des symboles

Un dernier conseil : ces emblèmes sont porteurs d'histoire et d'attachement. Les Bretons les arborent avec fierté, mais aussi avec un vrai souci de fidélité à leur signification. S'y intéresser, poser des questions lors d'une fête locale ou d'un marché d'artisans, c'est déjà participer à leur transmission.

Triskell millénaire, hermine médiévale, drapeau du XXe siècle, sigle BZH né sur les pare-chocs : chaque symbole breton raconte une époque et une facette de l'identité de la région. Ensemble, ils forment un langage visuel immédiatement reconnaissable, que la Bretagne continue d'enrichir génération après génération. Pour prolonger la découverte, explorez nos autres articles consacrés aux traditions, aux fêtes et aux légendes de Bretagne : vous verrez que derrière chaque emblème se cache toujours une belle histoire à raconter.

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